lundi 9 avril 2012

Rejet des mesures annoncées par le gouvernement libéral du Québec (Partie 2)


La deuxième mesure est que gouvernement veut mette en place pour l’automne 2013 un nouveau régime de remboursement des prêts en proportion du revenu (RPR). Contrairement à la méthode actuelle, qui répartit le montant de prêt à rembourser sur un certain nombre d’années, le nouveau mécanisme tiendra compte de la capacité de payer de l’étudiant nouvellement arrivé sur le marché du travail. En clair : on évite au travailleur à petit salaire de consacrer au remboursement de son prêt une trop grande part proportionnelle à son revenu.

Est-ce vraiment une bonne proposition ?

   Le remboursement proportionnel au revenu est-il une solution ?

Qui dit « frais de scolarité élevés » dit « endettement élevé ». Les pouvoirs publics eux-mêmes le reconnaissent. C’est pourquoi, en Angleterre et en Australie, pour donner une aura d’acceptabilité sociale aux hausses des frais de scolarité, les gouvernements ont instauré des régimes de remboursement proportionnel au revenu (RPR), aussi appelés impôts postuniversitaires (IPU). Ces programmes prévoyaient que les étudiants ne rembourseraient leurs frais de scolarité qu’une fois leurs études terminées, sous la forme d’un impôt spécial payé sur 25 ans proportionnel à leur revenu futur. Cette idée est empruntée à l’économiste néolibéral Milton Friedman, qui admettait lui-même que de tels prêts constituaient une forme « d’esclavage partiel ». Ceux-ci servaient, ajoutait-il, à dénationaliser l’éducation, c’est-à-dire à en privatiser le financement et à la dissocier de ses points d’ancrage que sont l’État et la culture commune. Autrement dit, à la transformer en entreprise.
Ces prêts étaient donc censés permettre aux étudiants d’absorber les hausses et de les amortir sur plusieurs années. Malheureusement, cette mesure a ensuite servi à justifier les récurrentes augmentations des droits de scolarité et de l’endettement étudiant, cautionnant ainsi le désengagement de l’État et le retrait du financement public et laissant les individus aux prises avec des dettes pouvant s’élever jusqu’à 200 000 $, en Australie. Dans un contexte de désengagement étatique, le système des RPR a été créé dans l’intention d’accroître la participation étudiante au financement de l’éducation supérieure, à hauteur de 20%. Mais, contrairement aux prévisions et aux simulations techniques, ce pourcentage a largement été dépassé à mesure que s’accentuait le désengagement de l’État. Si bien que le créateur du programme lui-même estime aujourd’hui que l’Australie a atteint le point de non-retour au-delà duquel il faut cesser de hausser les frais de scolarité, parce que la dette étudiante explose. La formule « Étudiez maintenant, payez plus tard » peut sembler alléchante, mais elle devient vite un outil pour augmenter indéfiniment les frais de scolarités et endetter toujours plus les étudiants.

source : Martin, Éric & Ouellet, Maxime, UNIVERSITÉ  INC. : des mythes sur la hausse des frais de scolarité et l’économie du savoir, 2011, Lux Éditeur, p.41-42