mercredi 25 avril 2012

Lettre à Line Beauchamp de professeurs de Lionel-Groulx

Ste-Thérèse, Lundi le 23 avril 2012
Mme Line Beauchamp, Ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport
Nous sommes enseignantes et enseignants au niveau collégial et ce que nous constatons actuellement dans le conflit qui oppose les étudiants et le gouvernement nous désole au plus haut point. Nous vous faisons part, ici, de certaines de nos déceptions face à cette situation.

Première déception
Le discours que vous employez autour de la question des droits de scolarité semble témoigner d’une vision strictement financière de l’éducation. À notre avis, vous faites fausse route en prétendant que nos jeunes concitoyens ne veulent pas payer leur juste part. Ce qu’ils veulent, c’est une société plus juste. Ils reçoivent, par les médias, des messages négatifs de leur société: corruption, fossé entre riches et pauvres qui s’accroit sans cesse, fermetures d’usines, cynisme de la part des politiciens. Ces jeunes ont compris qu’on change une société démocratique par le savoir et la connaissance et par l’accès, du plus grand nombre, à une éducation de qualité. C’est pour cela qu’ils se battent et pas seulement pour de l’argent.
Vous nous dites que c’est pour préserver cette qualité que vous devez hausser les droits de scolarité. En fait, il y a toutes sortes d’autres solutions, plus justes et plus équitables pour tous, y compris les payeurs de taxe qui veulent aussi envoyer leurs enfants à l’école. Ces solutions sont sur la place publique depuis des semaines, s’il vous plaît, entendez-les!


Deuxième déception
Votre rôle de ministre de l’Éducation vous appelle, à tout le moins, à endosser les missions éducatives des collèges et des universités, ce que, nous semble-t-il, vous ne faites pas.
Devons-nous vous rappeler que l’une de ces missions essentielles, c’est l’éducation à la citoyenneté? Cette citoyenneté éclairée que nous développons avec nos élèves se base sur le dialogue, l’échange, le respect de l’autre, l’ouverture, la recherche de compromis et la tolérance, qualités que nous avons peu retrouvées dans vos interventions et vos réactions à ce cri du cœur que lancent les étudiants qui manifestent depuis des semaines. Ne devriez-vous pas montrer l’exemple en tant que responsable du ministère de l’Éducation?

Troisième déception
La semaine dernière, nous avons vu sur place, à la télévision et dans les médias sociaux, des scènes dégradantes opposant des policiers à des manifestants, jeunes et moins jeunes. Vous dénoncez haut et fort l’intimidation: excellent! Nous appuyons. Pourquoi alors ne pas dénoncer aussi toutes les formes d’intimidation que nous voyons en ce moment, notamment la répression policière dans certains cas tout à fait injustifiée? Cette violence, lors d’une intervention policière (le 7 mars, au début du conflit), a presque coûté un œil à un jeune cégepien! Pourquoi ne pas dénoncer vigoureusement les menaces qu’a reçues le représentant de la CLASSE? Nous ne voyons, dans vos propos face à ces événements, qu’un double discours, pas un modèle à suivre. Imaginez qu’un enseignant refuse de parler à un étudiant parce que ses façons de voir ne concordent pas avec les siennes. Ce ne serait pas acceptable d’un point de vue professionnel; il faut trouver une voie de communication. Il en va de même en ce qui concerne la position que vous occupez. Plus que tout autre, vous devriez être au-dessus de la mêlée!

Quatrième déception
Enfin, en refusant d’accepter les décisions prises par les assemblées étudiantes, vous envoyez le message à nos jeunes concitoyens que la démocratie semble surtout une affaire de pouvoir (celui du dominant). En acceptant la judiciarisation du conflit (vous auriez pu au moins vous opposer à ce glissement) et en incitant les universités et les collèges à donner des cours malgré l’absence de nombreux élèves qui ont décidé démocratiquement de faire la grève, vous démontrez que vous accordez peu d’importance à cet exercice primordial dans une société comme la nôtre et qu’en fait, il est tout à fait possible et acceptable de ne pas tenir compte d’une décision démocratique. Cela nous le jugeons inacceptable.
Une fois ce conflit terminé, une fois la poussière retombée, l’Histoire retiendra comment vous avez géré cette demande de nos jeunes pour une société plus juste. Nous ne voudrions pas être cités dans cette page d’histoire comme faisant partie de ceux qui ont refusé de faire un pas de plus, un petit pas, pour une société plus juste et plus équitable.
Pour voir la liste des signataires et la source de cette lettre : site internet profs contre la hausse : site internet profs contre la hausse